Il faut surtout arrêter de chercher
le professeur qui vous donnera une voix, il
n’existe pas. Il n’y pas de baguette magique dans le chant. Un maestro
améliorera votre voix, la posera, la disciplinera, mais en aucun cas il
n’y aura création. Il faut toujours avoir en mémoire que le métier
consiste à se faire entendre dans une salle (devant un orchestre et avec
une quarantaine de choristes derrière soi) et non pas à susurrer
quelques airs antiques derrière un piano. L’art du chant d’opéra n’est
pas une affaire de patronage ! Je n’invente rien, nous trouvons des
articles de Victor Maurel disant la même chose en 1903 !
Un professeur de chant doit pouvoir chanter.
Pas besoin d’avoir été un très grand chanteur. Avoir compris ce que l’on
faisait et le transmettre aux autres par l’exemple. Bien souvent les
plus grands chanteurs ne sont pas les meilleurs professeurs. Par contre
un mauvais chanteur sera toujours un mauvais professeur.
Peut-on parler de méthode ? On a bien connu la méthode Marchesi, Garcia
etc. C’était plutôt le fait, pour Marchesi, d’une chanteuse qui
connaissait parfaitement sa manière de chanter et l’a enseignée à ses
nombreux élèves. Pour autant on ne peut trouver des points communs entre
ces chanteuses et chanteurs. On ne peut parler de méthode universelle,
mais plutôt d’un enseignement spécifique à chaque chanteur, c’est à ce
moment que l’art du professeur adaptant et expliquant sa technique à
l’élève fera merveille.
Le grand chanteur c'est celui
qui va garder sa voix durant toute sa carrière. On peut citer Gianni
Raimondi, Alfredo Kraus, César Vezzani, Alain Vanzo, Nicolai Gedda,
Giacomo Lauri-Volpi. Tous ténors, tous avec des voix totalement
différentes, mais une même qualité : la longévité. Ils ont eu tous la
sagesse de se tenir à un répertoire qui leur convenait, sans jamais
aborder des rôles au delà de leurs moyens. On peut assister au désastre
actuel de nombreux ténors « célèbres » qui en tout juste dix ans sont
venus à bout de la voix que la nature leur avait donnée. Par contre J.D.
Florez semble parti pour une longue carrière ayant déjà eu la sagesse
d'abandonner Rigoletto qui ne lui convenait pas encore. Je parle des
ténors mais le phénomène est le même pour toutes les voix.
L'interprétation: quel grand
mot servant à justifier toutes les misères de la voix. Verdi choisit
Tamagno pour Otello car il ne trouvait pas un autre ténor lui donnant
satisfaction (Verdi n'a jamais écrit le rôle du Maure pour Tamagno) pour
donner vie à toutes les facettes du ténor verdien. Il choisit donc
Tamagno dont il était sûr au moins de la puissance. J'entends déjà tous
les petits Messieurs hurlant devant ce gros sauvage amateur de hurleur !
Et bien non j'adore l'interprétation : Bergonzi dans le récitatif de
l'air d‘Alfredo de Traviata, Kraus dans « A te o cara »
Caballé dans Norma etc.... Mais
attention, c'est la couche de vernis sur le chanteur. On ne doit songer
à interpréter que lorsque l'instrument est terminé et parfaitement
docile. Pas de piano détimbré, pas de son filé se terminant en hoquet
sinistre et j'en passe sans doute. Quel métier !
Chanter dans sa langue: vaste programme ! Il vaudrait mieux en principe pour
apprendre le chant, chanter dans sa langue vernaculaire. L'étude du
chant est déjà assez délicate sans y ajouter la difficulté de prononcer
une langue que l'on ne maîtrise pas. Mais je dois avouer qu'enseigner le
chant à un tibétain serait au dessus de mes forces. Il faut donc
choisir. Le chanteur français a donc intérêt à chanter en français. Dans
Massenet, Bizet, Gounod on doit pouvoir trouver un air de travail.
Autrement, pour ma part, ce sera l'italien pour les non français. Je
comprends fort bien qu'un allemand désire apprendre en allemand, mais je
ne pourrai pas beaucoup l'aider.
La Fille du régiment - Donizetti
- Carlo Ciabrini
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